
Il y a quelques mois, j’avais essayé de montrer le processus qui transforme une émotion en peinture. Il s’agit d’affiner cette recherche en comparant 2 tableaux présentant en thème similaire : la tendresse véhiculée par les fleurs roses. En utilisant ce symbole universel comme base de la peinture, on obtient pourtant des résultats très différents. Pourquoi ? C’est là que peindre l’émotion prend tout son sens : elle n’est jamais identique. L’art est une ressource inépuisable, voyons comment.
L’inspiration
Une peinture, ça vient toujours d’un ressenti, d’une pensée, d’une idée qui inspire. En fait, créer, c’est peindre l’émotion, la rendre tangible, accessible, vivante.
Pourtant, certaines peintures respirent plus ce processus que d’autres. Celle-ci en fait partie : traduire la tendresse en quelques coups de pinceaux, quel défi ! Surtout sans aller vers des représentations humaines : la tendresse d’une mère pour son enfant, c’est facile et déjà présent dans beaucoup de tableaux.
Dit comme ça, on dirait que c’est réfléchi à l’avance, rien n’est plus faux : dans mon processus, l’image vient toujours avant l’idée. C’est un flash, une impression fugitive que je veux traduire en couleurs. Alors je me penche sur ce ressenti, je retourne à la source. Parfois, comme pour cette peinture, il y a un événement lié, quelque chose de tangible où commencer les recherches.
Cas pratique : les deux exemples
Ici, l’image est une photo envoyée par une amie. Au cours d’un lent processus de maturation, elle est devenue une représentation de cette tendresse rosée. Pourtant, à première vue, ce n’est pas ce qui transpire de la photo d’origine, voyez par vous même :

On dit souvent que la beauté est dans l’oeil de celui qui regarde. C’est encore plus vrai pour celui qui peint. Chaque tableau, chaque touche de peinture est imprégnée de ce que m’inspire le sujet. Et c’est rarement juste un beau paysage, même si j’aime beaucoup m’inspirer d’espaces existants.
On pourrait penser que ça rend le travail plus facile, mais pas forcément. Il est plus dirigé, plus précis dès le départ mais c’est plus compliqué de laisser la créativité prendre le pas sur le mental dans ce cas : avec une image de référence dans la tête, il faut d’abord l’oublier pour créer
La différence est nette et pourtant discrète pour le premier tableau de notre comparaison, nettement plus importante pour le second, Offering :

Si j’avais suivi l’image de départ, il y aurait eu cinq fleurs, trois grosses et deux petites, pas de main et un fond blanc. Je parle d’une image mentale car c’est un souvenir. C’est utile d’avoir une bonne mémoire visuelle dans ce métier 😉. Pour moi, ce n’est pas très différent du travail avec photo de référence comme sur la première. Il s’agit de trouver l’idée, la structure et s’en détacher pour voguer vers l’inconnu.
Le processus créatif
Pour la suite, je laisse faire mes guides. En continuant sur ce processus, ces fleurs sont devenues différentes, Pourtant les fleurs d’un même arbre sont normalement toutes identiques. C’est dans cet espace que la réalité tangible cesse d’être la plus importante pour l’oeuvre, c’est l’espace au-delà qui prend le pas. Même si l’extérieur semble identique, chacune de ces fleurs avait une identité à révéler, ce qu’elles ont fait au fil de la création.
Dans la première, l’arbre a changé de taille et de forme. Au lieu d’être clairement un rosier, il est ce qui vous parle et vous touche. En perdant sa singularité, il devient l’universel porteur de la tendresse du monde 🧘
C’est cela peindre l’émotion : peindre ce qui se cache sous le masque de la réalité. L’art fait émerger cette énergie qui émane de chaque être, de chaque espace. C’est à partir du moment où j’ai pu percevoir clairement ce type d’énergie que j’ai ressenti le besoin de peindre plutôt que d’écrire : les mots ne peuvent traduire correctement ce qui est au delà du réel
Je vois souvent des artistes se demander si nous avons vraiment une place dans le monde qui brûle sous nos yeux. Pour moi, c’est celle là : rendre l’espoir, rappeler que le plus important, ce qui va changer les choses, ce sont ces moments de tendresse, de don, d’ouverture aux autres. Vision utopiste peut-être mais solidement étayée par toutes les spiritualités du monde : ce qui crée, qui nourrit et qui inspire, c’est ce qui survit et change le monde pour le meilleur à la fin.
Intéressé•e par Offering ?
(peinture acrylique sur carton toilé, 25 x 25 cm 150€)
Elle est disponible à l’adoption, contact via le formulaire ci-dessous
