L’art, miroir du temps

L’art, miroir du temps, celui qui passe et celui qui reste, celui qui change et celui qui compte. Depuis toujours, les hommes ont gravé dans la pierre et peint sur différents supports les événements importants de leur vie. Que ce soient les décès, les naissances ou les avancées technologiques, l’art est avant tout un moyen de fixer dans le temps.

Aujourd’hui, avec l’avènement de la photographie, accessible avec nos téléphones, on en oublierait presque cette fonction. C’est nettement plus simple de cliquer sur un bouton que de peindre pendant des heures. Pourtant, le résultat n’est pas le même. L’art dénonce, met en exergue, en parallèle ou rappelle là ou la simple photographie d’événement raconte. Les grands photographes de guerre ont d’ailleurs largement utilisé cela. Le versant artistique marche pour faire avancer des débats que les seules photographies de presse n’avaient fait que montrer (même si montrer, c’est déjà beaucoup)

L’art et les manifestations

J’ai deux enfants, lycéen et étudiant, il est donc logique que je sois dans l’ambiance des blocages qui secouent la France depuis plusieurs semaines. En outre, l’énergie réveillée par cette jeunesse qui manifeste est phénoménale. Les sphères ésotériques sont en ébullition, ce serait difficile de passer à côté. Donc, me voilà en manifestation avec ces jeunes, et beaucoup de moins jeunes comme moi venus en renfort pour assurer leur protection. L’ambiance est bonne enfant, les chants s’enchainent. Je refais ma culture de manifestations, visiblement, les slogans d’il y a 30 ans ne sont plus d’actualité.

Un en particulier me frappe : les jeunes le connaissent tous, moi je ne l’avais entendu que dans mes cours d’Histoire. Quand j’étais au lycée à la fin des années 90 (oui, je suis vieille !), l’antifascisme était une évidence, un reliquat du passé pour les jeunes gens que nous étions. Nous nous battions pour avoir plus de droits, pas pour ne pas en perdre.

Voir tous ces jeunes gens scander «Siamo tutti antifasciti» avec tant de ferveur, si convaincus que c’est aujourd’hui le coeur du combat était émouvant, fascinant et effrayant en même temps. Ils ont raison, nous sommes dans une époque où le son des bottes brunes qui naguère nous semblait relégué au passé se remet à résonner de plus en plus fort. Resterons nous sourds et aveugles jusqu’à ce qu’il soit trop tard, comme tous ceux qui se retrouvèrent prisonniers de l’Europe centrale après 1939 ? Ou allons nous oeuvrer pour que ces bottes retournent dans le placard nauséabond qu’elles n’auraient jamais dû quitter ?

Le miroir avec de l’espoir en plus

En tant qu’artiste, c’est un choix crucial : nous fixons les événements, les rendons accessibles pour les générations futures. Que restera-t-il de notre époque, de la consommation effrénée et la destruction de la vie sur Terre ou au contraire, la prise de conscience de notre devoir envers la Terre et les générations futures. En paraphrasant Gaël Faye : ces jeunes sont des graines, nous devons les aider à pousser dans une Terre propice à la vie et à l’épanouissement. C’est de cette rencontre entre un slogan et une conviction qu’est né ce tableau. Avec lui, l’art est un miroir du temps qui y ajoute une petite touche d’espoir

Est-ce vraiment un tableau ? Il a le format parfait pour être brandi dans une manifestation (c’est un carton toilé en 24 x 30 cm), , il risque fort d’avoir une vie particulièrement mouvementée, surtout s’il se décline en stickers 😉