
L’art apolitique, ça n’existe pas. Même la plus petite fleur peinte sur un carnet à spirales est déjà un espace d’échanges d’idées, de réflexions, une vision du monde. Donc l’art est toujours politique, c’est juste plus ou moins visible. Et ceux qui affirment le contraire prouvent déjà leur parti pris. Seul.es celleux qui peuvent se permettre de vivre tranquillement dans une situation donnée vont insister pour ne pas la changer. Ou alors, ce n’est pas de l’art : l’art implique un investissement émotionnel, viscéral de l’artiste. L’art dépassionné pourrait être apolitique. Mais serait-il encore de l’art ?
Pour moi, ça ne l’est pas, c’est la raison pour laquelle je regarde avec beaucoup de circonspection certaines tendances actuelles du marché de l’art. Si vous pensez immédiatement à une banane scotchée à un mur, vous avez deviné de quoi je parlais. L’art n’est pas le marché de l’art, tout comme la forêt ne se résume pas à ses sentiers et à ses bûcherons. Le plus important, ce sont les arbres, même si les sentiers comme les bûcherons insisteront pour vous dire le contraire. Les arbres n’ont pas besoin de montrer leur importance, ils se contentent de vivre en osmose et de nourrir le monde. Les artistes font pareil.
Guernica sinon rien
J’ai pendant longtemps caché mes peintures, parce que cet univers d’apparences et d’argent roi me faisait peur. Et puis, au détour du chemin de Compostelle en 2019, nous sommes passés pas loin de Guernica. Trop loin pour aller voir ce village martyr mais assez près pour en sentir l’énergie. Malgré le temps qui est passé, la Terre aux alentours se souvient. Ce tableau de Picasso est mon préféré, celui par qui j’ai découvert l’art moderne, dans les recoins d’un livre d’histoire. J’avais déjà souvent visité Beaubourg, mais Guernica, c’est une autre histoire. Pour la première fois, je comprenais que l’émotion n’avait pas besoin de réalisme pour passer. Et chaque fois que l’hésitation me prend devant un nouveau défi artistique, je me rappelle que rien ne doit entraver la course de la muse divine. L’art est politique, il est le reflet de notre humanité, sachons lui rendre hommage chaque jour.
La planète enregistre nos folies comme nos éclairs de génie. Chaque acte, chaque trait de pinceau dessine un monde nouveau. Comment voulons nous qu’il soit ? C’est la grande question posée aux Français, aux Européens et au Monde en cette fin d’année 2026.

Le monde de demain ?
Un monde comme celui là, celui que nous propose l’extrême droite et le néolibéralisme qui va avec elle ? Un monde sans artistes, sans liberté hormis celle d’obéir aux ordres. Nous avons déjà connu cette aventure funeste et honnêtement, même dans les livres d’histoire, elle est déjà de trop. J’aimerais que nos enfants n’aient pas le titre de ce tableau comme avenir :

Parce que leur avenir ne doit pas s’écrire au passé, parce que nous pouvons encore inverser la tendance, la lutte est indispensable. Autour d’un slogan, autour d’une idée, autour d’un projet, unissons nous ! Que la communauté humaine montre aux machines étatiques ou numériques ce que l’humanité est venue faire sur cette planète. Et ce n’est pas détruire et annihiler l’espoir, au contraire.
Je fais confiance à notre jeunesse pour ne pas nous laisser détruire la seule planète que nous ayons. Ils savent nous rappeler que nous ne sommes que les maillons de la grande chaine de la vie. C’est la seule chose qui restera de nous éternellement : notre héritage, c’est eux. Alors, avec eux, descendons dans les rues, prenons des pinceaux, des pancartes (et éventuellement du sérum phy) et chantons :

Que les graines de la colère deviennent les graines de l’espoir. Que chacun puisse désormais vivre dignement, dans un monde où la richesse ultime se mesurera à la capacité à donner et à partager. Vision révolutionnaire ? Peut-être, mais d’un illustre révolutionnaire, mort sur une croix il y a un peu plus de 2000 ans.
Tout art est politique, sans exception
Pour finir sur ce sujet, un petit paradoxe : voici le tableau que j’ai peint le 17 octobre 2026, pendant les fameuses manifestations qui ont mis la France et sa répression policière .à la une des journaux du monde entier.

Mes enfants étaient dans les manifestations, ils sont d’ailleurs revenus bien asphyxiés par les gaz lacrymogènes. Ils sont revenus avec leurs camarades de marche, tous épuisés. Cette maison pas si grande est devenue depuis quelque temps, le QG post manifestation de cette jeunesse. Un havre de paix où ils peuvent se restaurer, se reposer avant de repartir pour leurs luttes. Nous n’avons pas tous le même rôle dans les luttes, et la paix n’est pas le contraire de la lutte. C’est son indispensable complément, son début et sa fin. C’est dans la paix et l’éducation que les esprits comprennent la nécessité de changer le système. C’est à la paix pour tous qu’ils aspirent, pas au chaos. La transition brutale entre les deux est nécessaire, souvent inconfortable mais seulement transitoire.
Alors n’oubliez pas d’apprécier aussi les espaces de quiétude qui s’offrent à vous, sous forme de tableaux, de balades ou de diners entre amis. Le carburant du changement est en vous, en nous, surtout si nous acceptons de lui faire de la place. Sortir de l’urgence, de la pensée dichotomique et séparatrice, voilà ce qui va nous unir pour demain.
À tous les artistes, qu’ils soient peintres, sculpteurs ou manifestants, que la force et la paix soient avec vous.
